Le commerce équitable

Le commerce équitable, principe de solidarité, vise à assurer aux producteurs des pays en voie de développement un « juste » revenu leur permettant de vivre convenablement et de le réinvestir dans leur activité ou dans la structure sociale de leur communauté.
En contrepartie, ils s’engagent à respecter certaines règles sociales (interdiction du travail forcé et de l’exploitation des enfants, respect de la déclaration de l’Organisation Internationale du Travail sur les droits fondamentaux des travailleurs) et environnementales.
Deux catégories de produits sont concernés : les produits agroalimentaires de grande consommation (café, sucre, thé, chocolat, riz, miel, fruits exotiques) et les produits de l’artisanat (vêtements, meubles ou objets de décoration).
En général, leur prix est plus élevé que pour un produit classique (un paquet de 250 grammes de café issu du commerce équitable, coûte entre 2.3 et 3.35 euros, au lieu de 1.8 à 3 euros pour un produit classique).
Cependant, le coût supplémentaire ne semble pas poser de problème au consommateurs, dès lors qu’il est assuré que le supplément investi profite directement au producteur.
Avec « la filière labellisée », nouvelle forme apparue fin 80 grâce à l’Association Max Havelaar, la grande distribution est devenu un acteur central en matière de commerce et de distribution de ces produits (notamment pour le café, le thé, le chocolat et la banane). Un organisme de certification donne la garantie, non seulement de produits de qualité mais aussi du respect des principes du commerce équitable.
En Europe, on peut dénombrer plus de 43 000 points de vente de grande et moyenne surface qui proposent des produits équitables dans leurs rayons. Pour ces acteurs, la démarche éthique traverse l’ensemble de l’entreprise et s’inscrit dans la durée : Carrefour, fortement internationalisé et Monoprix, implanté en France, ont ainsi placé la question de la responsabilité éthique au cœur de leur démarche. De ce point de vue, le commerce équitable et la responsabilité éthique constituent des processus en continu, inscrits dans le temps et qui ne doivent aucunement suivre un quelconque effet de mode.
En France, le chiffre d’affaires du commerce équitable est passé de 6 millions d’euros en 2000 à 45 millions d’euros en 2003. En «2001, les produits labellisés vendus en grandes et moyennes surfaces ont généré un revenu net de 3.7 millions d’euros pour 50 000 familles de producteurs, soit un excédent de 2.3 millions d’euros par rapport au commerce traditionnel ». En Europe, principale destination mondiale des produits issus du commerce équitable, le chiffre d’affaires représente 373 millions d’euros.
Pour continuer à pérenniser cet échange commercial, l’information et l’éducation restent les principaux moteurs de prise de conscience collective. La charte « 500 villes s’engagent pour le commerce équitable », créée en 2002 par la marque Max Havelaar, a conduit les collectivités locales à réfléchir au problème du commerce mondial. A l’heure où les magasins « discount » fleurissent, en réponse à la baisse du pouvoir d’achat d’une grande partie des consommateurs, toute forme de publicité éducative demeure indispensable.
C’est ainsi que deux communes des Alpes Maritimes ont conduit 30% de leurs concitoyens à acheter les produits de demain, en organisant des actions prioritaires d’information auprès des publics scolaires en offrant des goûters et repas, en ouvrant un café et une boutique de commerce équitable, en proposant la dégustation de ces produits dans les espaces de restauration, dans les cérémonies officielles, en faisant de ces lieux une véritable vitrine pour le café, le thé, le sucre…
Certains opposants diront que ce type de commerce est simplement « moins équitable » mais parallèlement favorise la concurrence déloyale (un bénévole d’association qui vendrait des produits moins chers, sur un marché, peut porter un préjudice sérieux à l’activité de commerçants), ne tient pas compte des coûts écologiques (le coût de l’impact écologique du transport et le kérosène ne sont pas pris en compte dans le prix d’achat d’un produit), favorise l’appauvrissement de la biodiversité (disparition de milliers d’espèces de fruits), accompagne la « déculturation » de la production (renoncement à sa propre culture notamment en matière d’habillement), nous éloigne de la relocalisation (en Côte d’Ivoire, un paysan contraint, par son gouvernement, à produire des fèves de cacao (culture de rapport) pour les exporter en France, est maintenant soumis au cours mondial du cacao et gagne juste assez pour se nourrir).
L’instabilité du prix des matières premières, notamment des produits agricoles et la détérioration des termes de l’échange entre pays producteurs de ces produits et pays industriels sont génératrices d’une situation de dépendance par la perte de l’autonomie alimentaire dans certaines régions du monde et par la déstructuration de territoires. Ceux-ci n’ont plus leur vocation première de lieux de vie mais deviennent de simples annexes d’un système mondial de production. Certains gouvernements refusent même toute régulation et voient leur attitude encouragée par les institutions financières internationales.
Dans ce contexte, le commerce équitable, en garantissant un prix minimum et des relations dans la durée, offre aux producteurs, une certaine sécurité économique à moyen terme et une meilleure sécurité alimentaire.
Par contre, sur le long terme, on peut s’interroger sur la capacité du mouvement du commerce équitable à proposer des stratégies alternatives pour un développement reposant sur la promotion des exportations.
Il faut que les processus de mondialisation qui influent tant sur l’évolution de la société servent à atténuer plutôt qu’à aggraver les forts déséquilibres que connaît aujourd’hui le monde entre les riches et les pauvres et entre l’humanité et la nature.
Le commerce équitable ne doit pas être de la solidarité pour de la solidarité mais une démarche éthique qui doit s’insérer dans un contexte d’utilité tant pour l’entreprise que pour le producteur ou le client. De ce point de vue également le commerce éthique doit être une démarche et non « une marque ».
Nul ne peut avoir le monopole de la marque « commerce équitable ».
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